Présentation
Note d'intention
Parcours de la compagnie du
Théâtre Noir
Ce roman publié en 1945 est considéré aujourd’hui comme appartenant au
patrimoine littéraire universel.
Gouverneurs de la rosée nous conte l’histoire de Manuel, jeune Haïtien, qui après
avoir passé quinze ans à travailler à l’étranger, rentre au pays natal avec le
désir de retrouver ses racines, sa famille, sa terre, son peuple. Mais Manuel retrouve
son village natal dévasté par la sécheresse et rongé par la haine qui divise les
familles. L’accession à la propriété a engendré rancune, colère et effusion de
sang. Son expérience en pays étranger fut l’occasion pour lui d’une prise de
conscience de la nécessité d’une lutte sociale et collective. Il tente alors de
secouer la passivité parce que « c’est traite la résignation, c’est du pareil
au même que le découragement. ».
La volonté agissante de Manuel, Bienaimé et Délira Délivrance, sont à l’image de
ce peuple prompt aux lamentations et aux récriminations, prompt aussi à abandonner son
sort à la volonté du ciel : « La terre est dans la douleur, la terre est dans la
misère, alors le seigneur, c’est le créateur de la douleur, le créateur de la
misère. »
A l’étranger, Manuel a appris à ne compter que sur l’initiative individuelle
et la participation collective pour transformer une société. Pour lui, « ce qui compte,
c’est la rébellion et la connaissance. » Manuel va alors tenter de redonner à
chaque homme sa dignité en le rendant responsable de sa terre et de ses actes, en faisant
de chacun le « Gouverneur de la Rosée », c’est à dire le maître de la terre et
de l’eau.
C’est par refus de l’ignorance, du mépris, de l’anéantissement, que
j’ai réalisé en 1975 l’adaptation de Gouverneurs de la rosée de Jacques
Roumain. Ce spectacle m’offrait alors la possibilité d’affirmer la présence
d’un homme debout, animé d’une rage agissante et d’une grande foi dans
l’avenir de son peuple.
Aujourd’hui, il s’agit, avec la reprise de cette pièce qui a fait
l’unanimité auprès d’un public national et international , de permettre aux
spectateurs de se rassembler afin de découvrir ou de redécouvrir cette oeuvre.
Les nombreux personnages qui s’agitent et conversent au milieu d’un décor
sobre, soleil et arbre, nous rappellent les authentiques paysans des Antilles, enracinés
à la terre, à leurs croyances, à leur misère. Les tableaux qui défilent sont des
fresques de la vie quotidienne avec tout ce qu’elle comporte de sensibilité, de
douleur, de poésie. La lutte des classes est accentuée par les images désopilantes de
la misère. Il y a aussi la lutte entre le bien et le mal, entre l’obscurité et la
lumière. Les seuls triomphateurs sont ces de Gouverneurs de la rosée, ces maîtres de la
terre et de l’eau dont le défaitisme se mue en force, en puissance génératrice.
Benjamin Jules-Rosette
La Compagnie Benjamin Jules-Rosette Théâtre Noir axe son travail depuis son origine
(1975) sur un thème principal : la Négritude telle qu’elle est véhiculée par des
auteurs contemporains des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) francophones aussi
divers que Aimé Césaire, Georges Desportes et Edouard Glissant (Antilles), Nadine Fidji
(Réunion), Léopold Sédar Senghor, Cheikh Hamidou Kane et Amadou Lamine Sall
(Sénégal), et Tchicaya U Tam’Si (Congo)...
Troupe itinérante constituée d’acteurs d’origine antillaise et africaine, elle
a pour vocation de faire connaître les oeuvres de la littérature noire francophone.
Depuis sa création en 1975, elle s’est produite et a présenté plus d’une
vingtaine de créations en Métropole, aux Antilles, en Europe, en Afrique et en Amérique
du Nord.
En ayant son propre lieu de diffusion pendant plus de dix ans, la compagnie a pu
travailler en direction des associations, des écoles et des comités d’entreprises,
tout en poursuivant son travail de création. A partir de 1989, la compagnie a donné la
priorité à son activité cinématographique avec la réalisation de films courts
destinés à faire connaître les poètes et écrivains des pays ACP (Afrique, Caraïbes,
Pacifique). Depuis 1995, elle est revenue à ses activités théâtrales avec des
spectacles en France, au Burkina-Faso, au Sénégal et au Canada. Durant la saison
2000-2001, la compagnie Théâtre Noir était en résidence à Sarcelles.
7, rue des Plâtrières 75020 Paris