L’histoire met en scène le docteur Job, soixante ans, Éva sa fille de dix-huit ans, Toby, vingt-quatre ans, Lord Harley, cinquante ans et un domestique. Parodiant Le fou raisonnable ou l’Anglais, comédie de Joseph Patrat créée en 1781, elle tourne autour d’une double pensée de suicide que nourissent un amoureux, pauvre et orphelin, ainsi qu’un anglais splénétique.
L’histoire met en scène le docteur Job, soixante ans, Éva sa fille de dix-huit ans, Toby, vingt-quatre ans, Lord Harley, cinquante ans et un domestique. Parodiant Le fou raisonnable, ou l’Anglais, comédie de Joseph Patrat créée en 1781, elle tourne autour d’une double pensée de suicide que nourissent un amoureux, pauvre et orphelin, ainsi qu’un anglais splénétique.
Éva s’ennuie ; elle voudrait se marier, mais hésite entre un jeune homme, qu’elle voyait de sa fenêtre de pensionnat à Londres, et un mystérieux personnage, qui la sauva à la sortie d’un bal. L’un des patients du docteur, Lord Harley promet une belle récompense à qui le guérira de son ennui. Le docteur lui promet de trouver une solution et l’envoie visiter son jardin avec Éva. Toby arrive alors au désespoir de ne plus voir la femme qu’il aime. Toby, décidé à mourir, veut, outre la corde et les pistolets dont il dispose déjà, se munir du poison du docteur.
Mais Toby renonce soudain à son projet en reconnaissant dans Éva la jeune fille qu’il recherche. Il la demande aussitôt en mariage. Le docteur Job, un peu effrayé, pose ses conditions à Toby qui se révèle être à la fois le jeune homme « aux regards » et le mystérieux sauveur d’Éva. Lord Harley, pressé d’en finir, échange la corde de Toby contre une forte somme. Ce dernier lui conseille de plutôt se marier pour échapper à l’ennui. Lord Harley demande à son tour la main d’Éva, ce qui provoque la fureur de Toby, mais il renonce à son projet et lègue sa fortune aux jeunes gens.
Bizet découpe sa partition pour chant et piano en sept numéros. Les moments expressifs et tendres contrastent avec des numéros essentiellement gais, vifs, menés avec un bon sens des situations. Bizet saisit parfaitement l’esprit de la musique lyrique légère de type bouffe : il faut viser à l’efficacité sans chercher un grand raffinement d’écriture. Les motifs sont enlevés, bien dessinés et coulent avec naturel d’une voix à l’autre ; les accompagnements sont simples et les effets rapides et nets.
Voilà qui dessine sans équivoque un portrait musical de Bizet humoriste, homme de théâtre aimant la plaisanterie. La dimension fantaisiste du personnage n’est pas d’emprunt, pas plus que son goût pour le comique. Ils jaillissent spontanément, sans grande élaboration ; ils s’exprimeront sous d’autres formes, dans de folles soirées, dans des lettres, trouveront une pâture dans le théâtre à la mode. De ce fond, Bizet va conserver un esprit piquant et un à-propos scénique. Il va assimiler ces qualités à son langage et leur apporter un raffinement nouveau, devenant un musicien-humoriste subtil, dès Le Docteur Miracle, mais aussi dans Djamileh et Carmen.
Hervé Lacombe, biographie de Georges Bizet, Édition Fayard.
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