Le propos du « Miroir » n’est pas tant de conforter l’univers irrationnel et merveilleux, constitutif de tout imaginaire enfantin, que de jeter les héros de ce conte moderne dans un monde déserté par les fées, désabusé d’elles, dans un monde riche et difficile qu’il faut apprendre à habiter, dans un monde où le merveilleux n’est pas du ressort de l’affectif mais reste à conquérir à force d’audace.
Princesse : « Marcher ? Vous n’y songez pas sérieusement je pense ! Sachez que
si je marchais, si mon pied touchait le sol, il en résulterait une catastrophe
épouvantable : la Terre se fendrait sous mes pas, s’ouvrirait inexorablement ».
Alors princesse ne touchera pas le sol avant la conquête de son autonomie finale. Portée
par le corps de son père, portée par les arbres du décor, portée par les brigands en
voyage, la jeune fille est supportée, emportée, convoyée, élancée sur les dos, les
épaules, autour des cous, à bout de pieds, de mains et de bras. Elle escalade les corps,
elle y trouve des équilibres inattendus ; elle y joue comme ces jeunes enfants inventant
sur le corps de leurs parents d’étranges espaces aux sommets desquels ils aiment se
hisser. Le miroir qui nous donne à voir ce que nous sommes, deviendra pour Princesse un
précieux outil de libération, une clé dans cet itinéraire initiatique, dans ce voyage
vers la maturité.
7, rue Louise Weiss 75013 Paris