Peer Gynt

du 7 au 16 mars 2025
3h45

Peer Gynt

Peer Gynt est un double chef-d’oeuvre, littéraire et musical. D’abord pensé comme un lesendrama (un texte fait pour être lu), Peer Gynt devient un spectacle à part entière lorsque Henrik Ibsen propose à Edvard Grieg d’en composer la musique.

  • Peer Gynt ou la quête de soi

Peer Gynt est un double chef-d’oeuvre, littéraire et musical, dont chacune et chacun connaît les principaux thèmes. Mêlant tragique et comique, grotesque et sublime, exotisme et folklore, l’oeuvre est un succès dès sa publication, en 1867.

D’abord pensé comme un lesedrama (un texte fait pour être lu), Peer Gynt devient un spectacle à part entière lorsque Henrik Ibsen propose à Edvard Grieg d’en composer la musique.

Aujourd’hui, rares sont les lieux qui rapprochent ces deux chefs-d’oeuvre. C’est la fonction d’un théâtre musical tel que le Châtelet que de mêler la totalité de la musique de Grieg à une « tradaptation » du texte d’Ibsen par Olivier Py.

Au gré des tribulations du personnage principal, incarnation de l’anti-héros, Peer Gynt est d’abord et avant tout le récit d’un voyage dans l’espace et dans le temps, du nord au sud, de la jeunesse à la maturité.

Dans cette mise en scène originale, Olivier Py met l’accent sur le caractère initiatique d’un pèlerinage à vau-l’eau où Peer Gynt, voulant mettre à l’épreuve la devise des Trolls, entame une longue errance. Quittant son pays natal, il emprunte les chemins sinueux qui l’amènent à prêcher dans le désert en parcourant le Sud pour mieux comprendre, à son retour en Norvège, la vacuité de sa propre existence.

Avec l'Orchestre de chambre de Paris.

  • Note d'intention

Au départ, Grieg est peu enthousiaste à l’idée de ce projet. Il écrira pourtant, lui aussi, un chef-d’œuvre : la musique de scène de Peer Gynt. Cette partition lui assurera la postérité dans le monde entier, rejetant dans l’ombre ses œuvres ultérieures.

Comment se sont articulés la partition musicale de Grieg et le texte d’Ibsen ? Nous le savons en partie, mais en partie seulement. Ce mélange hétéroclite de mélodrames (au sens lyrique), de musiques de scène, de chansons populaires, de folklore et de cantiques, pour un orchestre de plus de cinquante musiciens, s’accorde mal avec les exigences de la représentation d’une pièce aussi longue.

Le Théâtre du Châtelet se proposant de faire entendre la pièce d’Ibsen avec l’intégralité de la musique de Grieg, cela impliquait de retravailler à partir d’une nouvelle traduction une version pour la scène compatible avec les exigences d’un grand théâtre musical. Cette nouvelle version française (traduite de l’anglais et de l’allemand) a eu pour but de rêver cette version perdue et de permettre une représentation de Peer Gynt, texte et musique compris, en préservant la totalité de la partition et la quasi-totalité de l’œuvre d’Ibsen. Pour cela, nous disposions d’une lettre assez précise de l’auteur au compositeur, conscient que son œuvre doit bénéficier d’une adaptation pour la scène.

Grieg ne respecte pas ce chemin de fer à la lettre ; il se sent libre de composer des passages symphoniques inouïs, sur la mort d’Ase ou la poursuite infernale des trolls, aujourd’hui devenus des classiques. Nous avons donc suivi ces indications partiellement, et nous avons aussi synthétisé et redistribué certains passages qu’Ibsen souhaitait supprimer, et inventé, selon son désir, un résumé des pérégrinations de Gynt avant l’acte 4. Exemple : Ibsen proposait de couper tout l’acte 4, ce qui revenait à sacrifier des pans entiers du texte original, pourtant nécessaires à la narration.

De plus, les paroles des parties chantées composées par Grieg ont été traduites en français pour homogénéiser la représentation. Il s’agit donc d’une « tradaptation », mélange d’adaptation respectueuse et de traduction fidèle, qui s’efforce de témoigner de la somme intellectuelle que représente l’œuvre littéraire. Nous avons tenté de donner à ce texte la rapidité et le lyrisme de la langue d’Ibsen, faite à la fois de trivialités et de fulgurances métaphysiques, de langue noble et de langue triviale, de pensée profonde et d’hilarante fatrasie. Il est certain que nous avons, par la traduction, éloigné Peer Gynt de sa Norvège natale. On nous pardonnera cette trahison, qui n’a eu pour dessein que d’affirmer la puissance universelle du poème.

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