Fantasio balade son ennui d’ivresses en ivresses sans doute pour oublier qu’il n’est rien d’autre qu’un petit bourgeois criblé par les dettes. Afin d’échapper à ses créanciers, il n’hésite pas à endosser le costume du bouffon de la cour de Bavière récemment disparu. Il pénètre ainsi dans l’intimité de la princesse qui doit se sacrifier, par devoir et amour pour son père, à épouser l’ignoble prince de Mantoue. Fantasio va alors se mêler de ce qui n’était pas censé le regarder et, après moult rebondissements, faire annuler ce mariage puis déclencher une “joyeuse pagaille” !
C’est l’échec de La nuit vénitienne à la Comédie Française, qui décide Musset à éditer Fantasio dans le recueil Spectacle dans un fauteuil et non pour la scène. Influencé par les romantiques allemands, Hoffmann en particulier, il décide de construire sa pièce sur le modèle du conte fantastique, mais sa construction se fera en réalité beaucoup plus complexe : de fait, l’écriture épouse tous les doutes de Musset, qui finit, à travers Fantasio, par explorer tous les théâtres. Secoué par Shakespeare qu’il découvre, habité par la tragédie classique et Marivaux, il est aussi séduit par certains aspects du drame.
La période de 1830 est, disons-le franchement, très proche de la nôtre : les hommes se questionnent dans un entre-deux siècle flottant. Musset réussit à assumer ses doutes par la voix de Fantasio, qu’il fait voyager à vue dans toute la littérature.
D’un côté, l’auteur construit une intrigue classique très théâtrale, faisant appel à des ressorts connus et variés (travestissement, mariage forcé, roi, princesse et autres figures) sachant ainsi stimuler la magie familière du geste scénique. De l’autre, il va entraîner au coeur de cette intrigue Fantasio, profondément mélancolique, doutant de son époque, de la portée de ses actes et usant de prose et d’alcool pour croire décrocher la lune.
L’incursion de cet homme dans le monde -ici très théâtral- nous questionne sur notre capacité à agir - et comment ? - au sein d’une société de plus en plus codée et verrouillée. Ce crissement entre " un théâtre qui avance " et " un théâtre qui doute " fait toute la modernité de la pièce parce qu’elle pose, dans sa forme même, la question de l’engagement. Le cynisme et la fantaisie du rôle-titre feront trembler le monde de la Cour jusqu’à déclencher la guerre, démolir le décor. Ne restera que la porte ouverte du théâtre, et le plateau dévasté...
Comment trouver sa place aujourd’hui ? Sous un masque ? Est- il obligatoire pour ne pas être saisi par la peur, la distance, l’inertie, la colère, ou la dépression ? Cette pièce est un terrain de jeu excitant pour la jeune compagnie Java Vérité.
88, rue Saint-Denis 92700 Colombes
En voiture : tout droit depuis la porte de Champerret par le pont de Courbevoie. A La Garenne-Colombes, au rond-point, prendre la 1ère sortie et continuer sur : D106 / Avenue Du Général De Gaulle. En entrant dans Colombes prendre : D13 / Place Du Général Leclerc puis le bd De Valmy.
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